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Aïkido et non-violence

Quelques pistes de réflexion destinées aux enseignants et aux futurs enseignants...


Dans quelle(s) perspective(s) s’inscrit la pratique de l’Aïkido ?

Ce qui est clairement annoncé par l’Aïkikai de Tokyo c’est le « rôle social de l’Aïkido par le travail du corps et de l’esprit. » Ce qui est mis en avant ce n’est pas le développement personnel mais le développement collectif.

Voici quelques éléments qui précisent les perspectives de l’Aïkido dans ce sens :

  • La capacité à gérer les conflits par une stratégie gagnant/gagnant.

  • Le fait que Uke et Tori se bonifient mutuellement (moteur de la pratique).

  • Principe général et fondamental selon lequel la technique d’Aïkido doit préserver et renforcer l’intégrité (au sens large du terme) physique et mentale des deux protagonistes.

  • L’idée de triangulation : Uke et Tori ne sont pas l’un en face de l’autre pour s’affronter mais l’un à coté de l’autre pour résoudre un problème en faisant en sorte que l’un et l’autre sortent bonifiés de la situation.

  • Il s’agit plus du contrôle de la situation et de la relation que du contrôle de l’autre qui pourrait sous-entendre l’idée de domination.

  • L’évolution de l’Aïki-jutsu vers l’Aïkido : l’Aïki-jutsu c’est l’apprentissage pour utiliser la technique ailleurs (Défendre sa vie) ; l’Aïki-do, on apprend pour en profiter sur place. La pratique se suffit à elle-même, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’ait pas de répercussions ensuite. La technique n’est plus une finalité mais un moyen, le moyen du « Do », le moyen de la « Voie », le moyen de la relation avec l’autre, le moyen de l’échange, du discours constructif qui nous permet d’appliquer le principe d’intégrité et de nous inscrire dans cette stratégie gagnant/gagnant pour résoudre les conflits.

La relation Uke/Tori met en évidence un certain nombre de principes structurants de l’Aïkido.

Sur le plan mental (Shin), on peut en évoquer au moins quatre qui font de l’Aïkido une pratique non-violente :

  • Le respect de l’intégrité : la pratique se fonde sur un respect mutuel et doit permettre de « préserver et de renforcer l’intégrité au sens large (physique et mentale) des protagonistes ».

  • L’adaptabilité : principe qui se caractérise par l’écoute et la prise en compte de l’autre ; c’est sans doute la condition du respect de l’intégrité mais aussi la condition de l’authenticité dans la relation. Tori doit adapter son comportement (choix de la technique et/ou façon de l’exécuter) à Uke (son attaque, son niveau, ses capacités). En retour Uke, doit être le « miroir » du comportement de Tori. C’est le sens de la pratique de base qu’on appelle « Ippan geiko ». Il faut que les comportements de Uke soient juste la conséquence de la pratique de Tori, sans anticipations, sans gestes parasites.

  • La non-opposition : parler de non opposition et de non violence pour un art martial peut paraître surprenant à certains. Pourtant l’Aïkido prône la « clémence » et plus la « persuasion » que la « dissuasion ». Quoi qu’il en soit la non violence ne se fonde pas sur la faiblesse. C’est parce que l’on peut être définitif à un moment ou un autre de la technique que l’on choisit de ne pas l’être et par exemple d’amener au sol en immobilisant ou de donner à Uke la possibilité de chuter.

  • La « coopération » : Là aussi parler de coopération dans le cadre d’un art martial peut paraître surprenant. Pour autant la coopération dans la pratique de l’Aïkido ne signifie pas « complaisance », bien au contraire la coopération dont on parle s’appuie sur l’exigence et le respect. Il s’agit par l’échange de progresser mutuellement. La question pour Uke et Tori est de savoir où on doit mettre la barre pour faire progresser l’autre sans le blesser. La pratique permet de développer une stratégie « gagnant/gagnant ». Personne ne perd, surtout pas Uke qui par la maîtrise de son comportement et des ukemis, chute et se relève pour attaquer à nouveau. Uke et Tori ne sont pas face à face dans un affrontement, mais plutôt côte à côte face à une situation qu’il faut gérer ensemble et dont il faut sortir grandis et bonifiés.

Quelle pratique proposer pour illustrer ce principe de non-violence ? Quels exercices proposer pour développer les principes techniques qui permettent de vivre, d’expérimenter sur le tapis le principe de non violence ? Ce principe de non-violence qui relève du mental (Shin) se manifeste dans la relation Uke/Tori à travers l’application de principes techniques (Gi).

  • Irimi-tenkan : ce déplacement (entrer/pivoter) peut être érigé en principe dans la mesure où il incarne la « clémence ». Irimi (entrer) me donne un placement qui correspond à une distance de frappe et qui pourrait me permettre d’être définitif. Parce que je peux l’être, je ne le suis pas. La distance de frappe est une distance de projection, donc je peux projeter mon partenaire. Je peux aussi pivoter (tenkan) et amener mon partenaire au sol sans le détruire.

  • La notion de « Ki musubi » (le nœud des énergies) : être en phase avec le partenaire. A partir de cette harmonie, on choisira le mode de rencontre (De-aï) le plus adapté, soit en allant dans la distance de Uke sans la subir (pression), soit en changeant la distance pour amener Uke dans sa propre distance (extension). Dans les 2 cas, il s’agira de pratiquer la non-opposition.

  • La fluidité : principe plus large, conséquence de l’application d’autres principes (centrage/unité du corps, ki musubi, irimi/direction/prise d’angle...). Cette fluidité se caractérise principalement par un contrôle permanent de part et d’autre (Uke /Tori) pour préserver l’intégrité et donner du sens à la pratique : - contrôle qui s’exerce dans la mobilité (Ki nagare), conduire le partenaire sur une saisie ou un contact. - contrôle qui s’exerce plus simplement (par exemple) dans le fait de sortir d’une saisie pour la remplacer par un contact en évitant les ruptures.

  • Action/réaction : principe technique qui s’appuie sur la prise en compte de l’autre, l’écoute et l’adaptabilité et qui s’exprimera : - pour Tori dans le Henka waza (variations et enchaînements) - pour Uke dans le Kaeshi waza (retourner la situation, Uke devient Tori)

Irimi/tenkan :

Exercice 1 : Acquisition du déplacement sur une saisie et sur une frappe (Déplacement extérieur) Exercice 2 : Le rôle de l’atémi (déplacement intérieur). L’atémi n’est pas une frappe retenue, mais un placement qui donne au partenaire une information pour se placer (rester présent et offensif, sans être suicidaire)

Exercice 3 : Illustration au ken : différence entre une coupe retenue et un contrôle du partenaire (axe médian)


La non-opposition :

Exercice 4 : Sur shomen et/ou yokomen entrée directe (irimi) à la naissance de l’attaque Exercice 5 : Sur shomen et/ou yokomen : amener le partenaire dans sa distance ; laisser mourir l’attaque Exercice 6 : Sur yokomen : entrée directe kokyu nage (distance de frappe = distance de projection) Exercice 7 : Sur yokomen : entrée directe ikkyo ura


La fluidité :

Exercice 8 : Sur men uchi : garder le contact Exercice 9 : Sur men uchi : enchaîner ikkyo omote (sans rupture) Exercice 10 : Sur katate dori : rester dans la saisie Exercice 11 : Sur katate dori : sortir de la saisie en évitant la rupture : remplacer la saisie par un contact Exercice 12 : Illustration au ken (variation de ki musubi no tachi)


Le principe d’action-réaction

Exercice 13 : Sur shomen uchi : contrôle de l’attaque et du centre du partenaire, sur la réaction Ikkyo Exercice 14 : Sur kata dori : Contrôle du centre avec nikkyo ura, sur la réaction kote gaeshi Exercice 15 : Sur ai hammi : nikkyo ura, sur la réaction ushiro kiri otoshi


En résumé….

Perspective dans laquelle s’inscrit la pratique de l’Aïkido :

  • Le rôle social

  • Stratégie « Gagnant/gagnant »

  • La relation Uke/Tori

  • Le respect de l’intégrité

Ce principe de non-violence se manifeste dans la relation Uke/Tori à travers l’application de principes techniques :

  1. Irimi/tenkan : la clémence

  2. Ki musubi : être en phase pour choisir le mode de rencontre adapté et rester dans la non-opposition

  3. Fluidité : contrôle permanent de part et d’autre, éviter les ruptures, la surenchère.

  4. Action-réaction : établir et entretenir un discours, travailler sur l’intention, les exercices autour de ces principes


Bernard PALMIER

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