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BERNARD PALMIER
7ème DAN de l'Aïkikaï de Tokyo
Shihan

Kaeshi waza

DEFINITION :

On traduit habituellement Kaeshi waza par techniques de "contre". En fait, Kaeshi vient du verbe « kaesu » qui signifie « rendre, renvoyer, retourner ». On retrouve ce terme dans des expressions comme Kote gaeshi, Ude gaeshi (retournement du poignet ou de l’avant-bras), Kiri kaeshi (coupe en retour). Il s’agit donc dans Kaeshi waza d’un retournement de situation (uke devient tori / tori devient uke). L’idée de contre ou de contrer le partenaire ne donne pas le sens exact du kaeshi waza. Plutôt que de contrer le partenaire, il s’agit d’accepter le déséquilibre, d’aller dans la technique pour la dépasser et retourner la situation.

REPERTOIRE

Il est impossible d’établir un répertoire exhaustif des kaeshi waza. C’est un domaine où la créativité est la bien venue. Certains experts donnent, malgré tout, quelques exemples – à titre indicatif, consultez le volume 4 de Maître SAITO.

On peut toutefois proposer un classement des Kaeshi waza en 5 catégories :

1. Kaeshi waza « miroir » :
Uke applique la même technique à tori.

2. Kaeshi waza « Katame / Katame » :
Sur une immobilisation, uke applique une immobilisation différente

3. Kaeshi waza « Nage / Nage » :
Sur une projection, uke applique une projection différente.

4. Kaeshi waza « Katame / Nage » :
Sur une immobilisation, uke applique une projection.

5. Kaeshi waza « Nage / Katame » :
Sur une projection, uke applique une immobilisation.

PISTES DE TRAVAIL

1ère piste : Un kaeshi waza ne peut être réalisé que sur une technique relativement bien construite.
Le kaeshi waza pratiqué sur une erreur a des limites. Si la technique est vraiment mal exécutée, on ne pourra pas « entrer dedans », « aller avec », accepter le déséquilibre s’il n’y en a pas – auquel cas, il s’agira plutôt pour uke d’avoir un comportement qui montre à tori que la technique ne fonctionne pas, ne passe pas : tori est mal placé, il n’agit que sur le bras ou le poignet. Il n’y a pas de sens de chute, donc uke ne chute pas et reprend sa distance pour réattaquer…
Nous donnons deux exemples de kaeshi waza pour illustrer notre propos : Kote gaeshi / Kote gaeshi et Nikyo ura / Sankyo.

- Dans le premier exemple, l’action de uke se réalise sur le déséquilibre que lui inflige tori ; c’est parce que uke entre dans ce déséquilibre, qu’il est bien placé pour enchaîner à son tour Kote gaeshi. On ne peut pas dire que la technique soit mal exécutée, simplement uke a su profiter de l’ouverture et du déséquilibre pour être mieux placé que tori ; il amplifie et surpasse le mouvement de tori par un « Kokyu » plus fort et conclue par une action un peu plus fermée sur le poignet et le centre du partenaire.

- Dans le deuxième exemple, il s’agit du même principe ; uke ne s’oppose pas à tori, il n’essaye pas de le bloquer, au contraire il accepte le sens de Nikyo ura pour surpasser la technique et enchaîner Sankyo. Si le Nikyo ura de tori avait été plus ferme, mieux contrôlé, sans doute le kaeshi waza aurait été plus difficile à réaliser. Quoiqu’il en soit, la technique de tori est globalement correcte ; pour que uke puisse aller dans cette technique et la surpasser, il faut que le sens de la technique soit respecté

2ème piste : Les kaeshi waza se réalisent en profitant des ouvertures, des opportunités inhérentes à l’exécution de chaque technique ; ils sont fondés techniquement sur le fait que potentiellement uke peut prendre l’ascendant sur tori.

Il y a des techniques qui par nature donnent plus ou moins à uke la possibilité de réagir. Certaines techniques telles que Hijikime Osae, Juji garami ou Udekime nage ne présentent pas (ou peu) d’ouvertures. D’autres techniques comme Kote gaeshi ou Irimi nage utilisent plus le rebond de uke et prolongent l’échange.

Par ailleurs une technique peut être exécutée de différentes façons ; c’est aussi la forme d’exécution qui détermine l’échange entre uke et tori.
Prenons comme exemple Sankyo omote :
- La technique peut être réalisée en amenant le partenaire directement au sol pour l’immobiliser. Tori exécute la technique sur une seule impulsion ; les risques de Kaeshi waza sont limités. Cette pratique peut correspondre à une logique d’urgence en cherchant la façon la plus efficace de contrôler le partenaire. Elle peut aussi correspondre à une logique de progression en proposant aux débutants une forme de départ, celle qui est censée « marcher à tous les coups » et présenter le moins de risques possible.
- Sankyo omote peut aussi se réaliser en développant l’échange : par l’action de Sankyo uke se relève, et à partir de sa réaction et de sa mobilité, tori le conduit au sol et l’immobilise. Dans cette forme, tori utilise le rebond du partenaire ; il exécute la technique sur plusieurs impulsions. Du point de vue des principes d’Aïki, cette forme peut paraître plus intéressante, plus riche, l’échange est plus long ; en contrepartie, tori s’expose aux réactions de uke.

Si l’on considère qu’en Aïkido la technique est un outil de communication entre uke et tori, que l’Aïkido est fondé sur le principe d’action / réaction, on cherchera plutôt à développer l’échange en laissant réagir son partenaire afin de le conduire dans une direction acceptable pour chacun. Si tori contrôle ces moments d’ouverture et de réaction, il peut, tout en permettant l’échange, minimiser les risques et conduire uke dans la bonne direction sans lui permettre de retourner la situation (kaeshi waza).

3ème piste  : La pratique des kaeshi waza donne la possibilité d’expérimenter le fait que, potentiellement, les rôles peuvent s’inverser (uke devient tori, tori devient uke).

Dans la réalisation de Shomen uchi / Yonkyo ura par exemple, on peut se demander à certains moments qui est uke, qui est tori : entre le moment où tori met le coude de son partenaire en extension et le moment où il passe derrière pour amener au sol, il y a une opportunité pour uke. En « subissant » yonkyo, uke se retrouve lui-même saisi en katate ryote dori, il peut ramener le coude sur sa hanche et enchaîner en Kokyu nage, Kokyu ho (sokumen), Ikkyo…… Les rôles s’inversent.

Voici une autre situation où les rôles ne sont pas forcément cloisonnés : katate ryote dori, avec de la part de tori une sollicitation au visage. Dans cette situation, pour que la saisie ait un sens, il faut que uke ressente la sollicitation de tori comme une réelle menace. On peut considérer dans ce cas que tori attaque et que uke saisit en katate ryote dori pour contrôler l’action initiale de tori. Sa saisie est une technique, elle se caractérise par un placement et un contrôle. Sur cette saisie tori va réaliser à son tour une technique en s’exposant à la réaction de uke qui peut-être pourra retourner la situation (kaeshi waza).

Cet exemple montre que les rôles ne sont pas hermétiques. Lorsque tori sollicite uke, finalement c’est lui qui attaque en premier. On peut développer la même logique pour ushiro waza…
Ce mode de « de ai » était très utilisé par O Sensei. Dans beaucoup de films on voit très bien que par son action ou même son placement O Sensei déclenche l’attaque de uke (saisie ou frappe).

INTERETS PEDAGOGIQUES

Comment organiser la pratique des Kaeshi waza ?

Bien évidemment, cette pratique doit être cadrée, adaptée au niveau des pratiquants et utilisée de façon équilibrée.
Les professeurs doivent prendre garde à ne pas dénaturer le sens des Kaeshi waza. Il s’agit d’éviter deux situations extrêmes :
- soit instaurer une sorte de compétition où systématiquement les partenaires vont se contrer ;
- soit développer par des échanges trop complaisants une pratique illusoire…

Au-delà de l’intérêt technique et pédagogique, les Kaeshi waza présentent aussi un intérêt motivationnel certain. Ils développent de façon ludique la sensation d’échange et de fluidité entre les partenaires.

A titre indicatif, voici quelques possibilités d’utilisation :

- Les Kaeshi waza « miroir » tels que ikkyo / ikkyo, Kote gaeshi / Kote gaeshi ou bien encore Irimi nage / Irimi nage, pratiqués en « boucle », c’est-à-dire enchaînés chacun son tour sans aller au terme de la technique, peuvent être utilisés comme éducatifs en début de séance.

- La pratique des Kaeshi waza peut permettre de travailler autour d’un Kihon waza :
Exemple : Shomen uchi ikkyo omote
Kaeshi « miroir » : Ikkyo / Ikkyo
Kaeshi « Katame / Nage » : Ikkyo / Kaiten nage
Ikkyo / Kokyu nage
Kaeshi « Katame / Katame » : Ikkyo / Nikyo ura
Mettre en évidence par un Kaeshi waza une ouverture (opportunité pour uke) peut être une façon motivante d’inciter les pratiquants à revenir sur la construction du Kihon waza.

- En fin de cours où à l’issue d’un travail technique rigoureux, enchaîner sur un Kaeshi waza peut être le moyen, sans perdre l’axe de travail, de « récompenser » les élèves par une pratique plus ludique.

On peut ainsi sortir d’une progression classique tout en répondant à des objectifs précis.
Dans cette perspective, les Kaeshi waza et les Henka waza peuvent être introduits assez tôt dans la pratique, pourquoi pas à partir du 4ème où 3ème kyu.

SHIN / GI / TAÏ

A partir du Shin/Gi/Tai, on peut présenter une grille d’analyse commune pour le Henka waza et pour le Kaeshi waza.

- SHIN  : les valeurs morales, humaines, spirituelles
- GI  : les principes techniques, « moteur » de la pratique…
- TAI  : les qualités physiques

SHIN
• Non-opposition : sortir d’une logique d’opposition et d’affrontement
• Écoute : considérer son partenaire, être attentif à ses comportements
• Présence : rester mobilisé, vigilant
• Calme/sérénité : - « calmer le jeu », éviter la surenchère
- accepter, « aller avec » tout en contrôlant la situation

GI
• Action/réaction : « coller » à l’action du partenaire (ki-musubi)
• Unité du corps : rester unifié, présent, coordonné, centré dans son comportement de uke
• Direction : s’orienter dans le sens de l’action développée par tori
• Construction : pour tori : respecter les phases de construction d’une technique et réaliser des variations à partir de ces phases ; pour uke et tori : identifier les moments-clés, les ouvertures, les vulnérabilités d’une technique…
• Contrôle : contrôler les moments de vulnérabilité et les réactions de uke ; éviter que uke profite d’une opportunité pendant la technique…
• Kokyu : prendre l’ascendant sur tori au moment opportun (changement de rythme, accélération…)
• Intégrité : préserver son intégrité physique pendant l’exécution d’une technique ; rester placé tout au long de la technique :
-  pour chuter dans les meilleures conditions
-  pour rester offensif
-  pour prendre l’ascendant sur tori

TAI
• Fluidité
• Coordination
• Relâchement
• Souplesse
• Mobilité

Ce tableau n’est pas exhaustif, il peut être complété ou modifié…

Bernard PALMIER

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